L’Ours en question, questions sur l’Ours

La cohabitation

đŸ» Qui est pour ? Qui est contre ?

Tous les sondages montrent que les PyrĂ©nĂ©ens sont trĂšs majoritairement favorables Ă  la prĂ©sence de l’ours dans les PyrĂ©nĂ©es. C’est encore plus vrai quand on interroge l’ensemble des Français. Dans les PyrĂ©nĂ©es, les opposants appartiennent essentiellement au monde de l’élevage. Une bonne partie des Ă©lus locaux les soutiennent. Contrairement Ă  une idĂ©e reçue, les chasseurs ne sont pas majoritairement dĂ©favorables. Si la prĂ©sence de l’ours ne les empĂȘche pas de chasser, la plupart sont prĂȘts Ă  discuter d’adaptations permettant la cohabitation.

Sondage sur l’ours dans les PyrĂ©nĂ©es
(IFOP pour la Diren Midi-PyrĂ©nĂ©es – Juillet 2008)

Téléchargez « Empreinte N°5 »

đŸ» L’ours menace-t-il le pastoralisme ?

Non. Les dĂ©gĂąts restent faibles, moins de 2% des pertes globales subies par les Ă©leveurs lors de la transhumance, et sont bien indemnisĂ©s. De plus, les aides Ă  l’élevage acquises grĂące Ă  l’ours permettent de limiter les pertes en finançant l’embauche de bergers, les chiens de protection, les clĂŽtures Ă©lectriques, le transport de matĂ©riel par muletage et hĂ©licoptĂšre, les radiotĂ©lĂ©phones…
GrĂące Ă  ces mesures, les pertes de brebis en montagne sur le massif pyrĂ©nĂ©en sont plus faibles aujourd’hui qu’avant les premiers lĂąchers d’ours.

LE SAVIEZ-VOUS ?
L’attaque par un ours (ou un loup dans les PyrĂ©nĂ©es Orientales) est la seule cause de mortalitĂ© des brebis systĂ©matiquement indemnisĂ©e.

đŸ» Que reprĂ©sentent les dĂ©gĂąts d’ours dans les PyrĂ©nĂ©es ?

Depuis quelques annĂ©es, l’Etat indemnise en moyenne 400 Ă  600 bĂȘtes / an dans les PyrĂ©nĂ©es françaises. Soit moins de 1% des pertes annuelles et environ 0.1% du cheptel prĂ©sent dans les PyrĂ©nĂ©es chaque Ă©tĂ©.

đŸ» La cohabitation Homme – Ours est-elle possible ?

L’homme et l’ours coexistent dans de nombreux pays d’Europe et du Monde, dans des contextes gĂ©ographiques, sociaux et culturels comparables aux PyrĂ©nĂ©es.
Concilier activité économique et protection de la nature est une exigence évidente au XXIÚme siÚcle qui justifie entre autres le soutien indispensable apporté aux éleveurs.
De plus, la prĂ©sence de l’ours constitue un potentiel de valorisation Ă©conomique et touristique que nous nĂ©gligeons. C’est une raison supplĂ©mentaire de le protĂ©ger.

đŸ» Faut-il cantonner les ours dans un parc ?

Cette proposition de certains opposants Ă  l’ours est totalement paradoxale et montre bien l’incohĂ©rence de leur projet : cela consisterait en effet Ă  enfermer des animaux sauvages, pour pouvoir laisser divaguer des animaux domestiques !
On « marcherait sur la tĂȘte » !

đŸ» Faut-il choisir entre ours et Ă©levage dans les PyrĂ©nĂ©es ?

Non. Raisonner ainsi, c’est maintenir le modĂšle de dĂ©veloppement qui nous a conduit Ă  la crise Ă©cologique actuelle.
L’heure n’est plus à l’opposition entre l’Homme et la Nature, mais à la conciliation des enjeux.
Les moyens existent, ils ont démontré leur efficacité.

đŸ» Quel est l’impact Ă©conomique de l’ours dans les PyrĂ©nĂ©es ?

Si l’on considĂšre que les dĂ©gĂąts sont bien indemnisĂ©s (bĂ©tail, ruches), la prĂ©sence de l’ours n’a pas d’impact nĂ©gatif sur l’économie locale.
Aucune exploitation, aucun apiculteur n’a jamais cessĂ© son activitĂ© du fait de l’ours.
À l’inverse, la prĂ©sence de l’ours a permis de mobiliser des moyens en faveur de l’économie locale. Chaque annĂ©e, plus de 500 postes de bergers sont financĂ©s grĂące Ă  la prĂ©sence de l’ours. La quasi-totalitĂ© n’existerait pas sans ces financements.
Par ailleurs, les postes de techniciens, de l’administration ou des associations, directement ou indirectement liĂ©s au programme « Ours » reprĂ©sentent Ă©galement plusieurs dizaines d’emplois.
En Ă©quivalent temps plein, le programme « Ours » gĂ©nĂšre donc des centaines d’emplois, tous en zone montagne.
L’économie pyrĂ©nĂ©enne doit-elle, peut-elle, rĂ©ellement se passer de ces emplois ? Quel Ă©lu oserait rĂ©clamer la fermeture d’une PME de plus de 100 salariĂ©s dans les PyrĂ©nĂ©es ?

LE SAVIEZ-VOUS ?
En 2020, chaque perte de brebis a Ă©tĂ© indemnisĂ©e plus de 600€ en moyenne. C’est 4 Ă  5 fois la valeur de la bĂȘte. Le reste indemnise le surcroĂźt de travail et les Ă©ventuelles pertes indirectes sur le reste du troupeau.

đŸ» Comment concilier ours et Ă©levage ?

En n’oubliant pas que les animaux domestiques doivent rester sous la protection de l’Homme.
Depuis des générations, nous avons imaginé les moyens de protéger les troupeaux des prédateurs. Les techniques modernes les rendent plus efficaces encore.
Regrouper les troupeaux le soir et les protĂ©ger avec des clĂŽtures Ă©lectriques et des chiens de protection est trĂšs efficace, surtout contre l’ours qui n’est pas un prĂ©dateur spĂ©cialisĂ©, mais par opportunitĂ©.
Si on lui rend le bĂ©tail inaccessible, il se tournera vers d’autres sources de nourriture.

LE SAVIEZ-VOUS ?
Le nombre de brebis « sauvées » par les chiens de protection dépasse chaque année le nombre de brebis tuées par les ours.

đŸ» Et la chasse ?

Beaucoup de chasseurs apprĂ©cient l’ours. Dans les pays oĂč il est chassĂ©, c’est le gibier le plus « noble ». On ne chasse pas l’ours en France, mais certaines pratiques de chasse peuvent dĂ©ranger les ours, voire conduire Ă  des accidents.
Il faut ainsi limiter les battues sur les sites vitaux des ours : zones d’élevage des oursons, de taniĂšre, de nourrissage automnal notamment.
Un gros travail d’information et de sensibilisation des chasseurs a Ă©tĂ© fait, mais il faut le poursuivre.
Il faut ĂȘtre imaginatif et volontaire pour mettre en place avec eux des mĂ©thodes qui permettent de rĂ©duire les risques d’accidents. S’ils refusent cette voie contractuelle, les associations n’ont d’autre solution que les tribunaux pour faire respecter la protection et la tranquillitĂ© de l’ours… Les chasseurs pyrĂ©nĂ©ens doivent rĂ©apprendre Ă  vivre avec l’ours.

đŸ» Qu’est-ce qu’un ours « à problĂšme » ?

En bon opportuniste, l’ours exploite avec une facultĂ© d’adaptation Ă©tonnante toute possibilitĂ© de se procurer de la nourriture. Parfois, un ours peut ainsi prendre des habitudes qui nous posent problĂšme.
Le comportement de l’ours vis-Ă -vis de l’homme est comme un miroir : s’il nous pose problĂšme, c’est gĂ©nĂ©ralement que nous avons eu une attitude inadaptĂ©e.
Prenons l’exemple des ours qui viennent fouiner dans des dĂ©charges Ă  proximitĂ© des villes et villages, comme en Roumanie. Un cas isolĂ© n’est pas problĂ©matique en soi, mais il est important de ne pas donner aux ours la possibilitĂ© de s’y habituer. En effet, si l’animal associe l’homme Ă  une source de nourriture, il peut devenir moins craintif et donc, devenir un « ours Ă  problĂšme ».

đŸ» Que fait-on en cas d’ours « à problĂšme » ?

Comme tous les pays d’Europe, la France a dĂ©fini un protocole Ă  suivre en cas de comportement problĂ©matique d’un ours.
D’abord, bien Ă©valuer la situation ; ensuite, essayer de supprimer ce qui induit ce comportement (protĂ©ger les troupeaux, rendre les ordures inaccessibles…) ; puis, si cela ne suffit pas, essayer de corriger le comportement de l’animal par des procĂ©dures d’effarouchement ciblĂ© par exemple ; on peut Ă©galement l’équiper d’un Ă©metteur afin de mieux le suivre et rendre l’effarouchement plus efficace ; enfin, si rien n’y fait, le protocole prĂ©voit la capture dĂ©finitive, voire l’abattage Ă  tout moment si l’animal prĂ©sente un danger rĂ©el pour l’homme, ce qui n’est encore jamais arrivĂ© depuis les premiers lĂąchers dans les PyrĂ©nĂ©es.

đŸ» Qui paye les mesures de protection ? Sont-elles efficaces ?

En France, l’État a dĂ©cidĂ© d’aider les Ă©leveurs Ă  cohabiter avec l’ours. Ainsi, des mesures incitatives permettent aux Ă©leveurs de mieux protĂ©ger leurs troupeaux : embauche de bergers, fourniture de clĂŽtures Ă©lectriques, mise en place de chiens de protection. Tous les Ă©leveurs qui ont testĂ© ces mesures constatent une baisse importante des pertes de bĂ©tail, gĂ©nĂ©ralement au-delĂ  des pertes liĂ©es Ă  l’ours lui-mĂȘme. En effet, la conduite du troupeau et les soins prodiguĂ©s par le berger Ă©vitent Ă©galement des pertes par maladies, chutes, foudre 
 Une Ă©tude rĂ©alisĂ©e auprĂšs d’une quarantaine d’éleveurs a permis de montrer que la mise en place de chien(s) de protection permet de rĂ©duire les pertes par prĂ©dation (y compris les chiens, la cause de prĂ©dation principale) et vol de 92% en moyenne !

Schéma efficacité des patous

đŸ» Quelle est la procĂ©dure d’indemnisation ?

Un berger ou un Ă©leveur suspectant l’ours d’avoir attaquĂ© son troupeau doit le dĂ©clarer au service dĂ©partemental de l’OFB (ou au Parc National des PyrĂ©nĂ©es sur son territoire). Un agent vient sur place rapidement Ă©tablir un constat qui, selon la conclusion, permet d’indemniser l’éleveur. En cas de doute sur la cause de la mort, une commission statue. Si un Ă©lĂ©ment laisse penser que l’ours peut ĂȘtre mis en cause (traces, crottes Ă  proximitĂ©, autres dĂ©gĂąts dans le secteur
), l’éleveur est systĂ©matiquement indemnisĂ©. La France dispose du meilleur systĂšme d’indemnisation d’Europe, notamment le plus complet et le plus gĂ©nĂ©reux.

đŸ» Et les dĂ©gĂąts indirects ?

Toute perte liĂ©e directement Ă  une attaque d’ours et constatĂ©e par un agent de l’OFB ou du PNP est systĂ©matiquement indemnisĂ©e.
Des Ă©leveurs prĂ©sentent parfois la disparition de bĂȘtes ou des avortements comme des consĂ©quences d’attaques d’ours. Bien que le lien n’ait jamais Ă©tĂ© Ă©tabli, l’Etat verse un complĂ©ment d’indemnisation pour « pertes indirectes ».

đŸ» Pourquoi entend-on plus les opposants que les dĂ©fenseurs de l’ours ?

Les opposants Ă  l’ours utilisent bien les mĂ©dias, notamment la tĂ©lĂ©vision et les quotidiens rĂ©gionaux. Un message simple, clair et radical, ajoutĂ© Ă  quelques actions spectaculaires, voire violentes, leur assure une bonne exposition mĂ©diatique. Pour cela, certains opposants Ă  l’ours n’hĂ©sitent pas Ă  diffuser de fausses informations, ou Ă  propager des rumeurs. Que n’a-t-on pas entendu sur ces pauvres ours ! Ils devaient faire disparaĂźtre l’élevage, agresser les randonneurs ou encore importer la grippe aviaire en France… L’apocalypse dans les PyrĂ©nĂ©es, rien de moins. Bien entendu, rien de tout cela ne s’est produit.
De notre cĂŽtĂ©, nous nous sommes toujours interdit cette attitude et nous cherchons constamment Ă  rĂ©tablir la rĂ©alitĂ© : certes, ce n’est pas facile de vivre avec des ours, mais ce n’est pas impossible. Nous nous tiendrons Ă  cette attitude, la seule responsable sur le long terme.