L’Ours en question, questions sur l’Ours

La restauration de la population d’ours

đŸ» Nos ancĂȘtres s’en sont dĂ©barrassĂ©s, pourquoi lĂącher des ours ?

Nos ancĂȘtres n’avaient pas le choix. Dans les petits troupeaux de l’époque, la survie de chaque bĂȘte Ă©tait vitale pour l’exploitation. Les bĂȘtes tuĂ©es par l’ours n’étaient pas indemnisĂ©es et les moyens de protection n’étaient pas subventionnĂ©s. Chasser les ours prĂ©dateurs rendait donc service aux Ă©leveurs, et gĂ©nĂ©rait un revenu important pour des chasseurs spĂ©cialisĂ©s dans la chasse Ă  l’ours : primes, quĂȘtes, vente de la peau, de la viande, de la graisse… Au XIXĂšme siĂšcle, les oursons capturĂ©s Ă©taient vendus aux montreurs d’ours et des chasses « safaris » lucratives Ă©taient proposĂ©es aux riches touristes.
Dire pour autant que nos ancĂȘtres aient cherchĂ© Ă  exterminer l’espĂšce est excessif. S’ils l’avaient voulu, il n’y aurait plus d’ours dans les PyrĂ©nĂ©es depuis bien longtemps, comme c’est le cas pour le loup. D’autre part, on restaure bien le patrimoine bĂąti, pourquoi pas le patrimoine naturel? N’aurions-nous besoin que de biens matĂ©riels et d’objets manufacturĂ©s ?

cartes postales sur l'ours

© éditions Larrey

đŸ» Pourquoi sauver l’ours ?

C’est avant tout une question Ă©thique et morale ! La bonne question n’est-elle pas plutĂŽt « avons-nous le droit de laisser disparaĂźtre cette espĂšce ? ». Si oui, pourquoi pas d’autres ? Renoncer Ă  une seule espĂšce, c’est accepter la disparition de toutes. L’ours n’est ni utile, ni nuisible ; il n’a pas Ă  se justifier d’exister. Comment pourrions-nous continuer de demander aux autres pays de protĂ©ger lions, tigres, Ă©lĂ©phants et baleines, si nous-mĂȘmes ne sommes pas capables de sauver l’ours dans les PyrĂ©nĂ©es ? Son image, forte et positive, constitue Ă©galement un potentiel de valorisation Ă©conomique et touristique que nous nĂ©gligeons. C’est une raison supplĂ©mentaire de le protĂ©ger.

đŸ» L’habitat pyrĂ©nĂ©en est-il toujours favorable Ă  l’ours ?

Oui, les experts estiment qu’au moins 250 ours pourraient vivre dans les PyrĂ©nĂ©es. La forĂȘt (et la montagne en gĂ©nĂ©ral) Ă©tait autrefois beaucoup plus frĂ©quentĂ©e par les hommes : de nombreux hameaux ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s, et certains mĂ©tiers ont disparus, comme les charbonniers ou les mineurs. Depuis 150 ans, la forĂȘt pyrĂ©nĂ©enne ne cesse donc de s’étendre alors que la population humaine vivant et travaillant dans ces montagnes diminue. Notre frĂ©quentation de la montagne et de la forĂȘt pyrĂ©nĂ©ennes est aujourd’hui trĂšs infĂ©rieure Ă  ce qu’elle Ă©tait autrefois, y compris en intĂ©grant le tourisme. Les ours ont tout l’espace nĂ©cessaire Ă  leur bon Ă©quilibre dans les PyrĂ©nĂ©es.

đŸ» Ours slovĂšne, ours pyrĂ©nĂ©en, quelle diffĂ©rence ?

Ils appartiennent tous deux Ă  la mĂȘme espĂšce, et Ă  la mĂȘme lignĂ©e occidentale d’ours europĂ©ens. Par ailleurs, les habitats Ă©tant proches, les ours pyrĂ©nĂ©ens et slovĂšnes ont exactement le mĂȘme comportement et le mĂȘme rĂ©gime alimentaire.
La meilleure preuve a sans doute Ă©tĂ© apportĂ©e par Cannelle, la derniĂšre ourse de souche pyrĂ©nĂ©enne : elle a choisi NĂ©rĂ©, un jeune mĂąle d’origine slovĂšne comme pĂšre de son dernier ourson
 Les animaux apportent parfois eux-mĂȘmes les rĂ©ponses aux questions que se posent les hommes …

đŸ» Qui dĂ©cide de lĂącher des ours ?
Quel rĂŽle jouent les associations ?

La protection de la nature, donc de l’ours, est de la responsabilitĂ© de l’État, en application des lois françaises et europĂ©ennes. Depuis 40 ans pour certaines, les associations jouent un rĂŽle d’aiguillon et d’innovation.
C’est sous la pression des associations rĂ©unies au sein de la coordination Cap Ours et avec le soutien de la population, que l’État travaille Ă  la conservation de l’ours brun. Ce faisant, nous ne demandons que l’application de la loi.
Ce sont Ă©galement les associations qui ont crĂ©Ă© les mesures innovantes permettant une meilleure cohabitation homme-ours. Le FIEP Groupe Ours PyrĂ©nĂ©es a « inventĂ© » dans les annĂ©es 80 les primes de dĂ©rangement, les hĂ©liportages gratuits de matĂ©riel pastoral, et les radiotĂ©lĂ©phones gratuits pour les bergers de la zone Ă  ours. Ce sont encore des associations (FIEP et Pays de l’Ours – Adet) qui ont accompagnĂ© les Ă©leveurs volontaires dans des initiatives de valorisation des produits pastoraux des vallĂ©es Ă  ours (fromage « PĂ© Descaous » et « broutard du Pays de l’Ours »). Par ailleurs, Pays de l’Ours – Adet travaille Ă  la valorisation touristique de la prĂ©sence de l’ours avec les professionnels et les Communes intĂ©ressĂ©s.

đŸ» Y aura-t-il d’autres lĂąchers ?

Oui, c’est indispensable si l’on veut reconstituer une population viable dans les PyrĂ©nĂ©es. Deux problĂšmes sont Ă  considĂ©rer : l’effectif et la gĂ©nĂ©tique. Il faut tout d’abord plus d’ours, notamment de femelles reproductrices. C’est particuliĂšrement urgent en BĂ©arn oĂč il ne reste plus que 2-3 mĂąles et une seule femelle reproductrice (en 2020) … Il faut Ă©galement continuer d’apporter « du sang neuf », y compris en PyrĂ©nĂ©es centrales, afin d’éviter les problĂšmes de consanguinitĂ©.
En deçà d’une cinquantaine d’ours reproducteurs et avec une bonne diversitĂ© gĂ©nĂ©tique, il n’y a pas d’espoir de maintenir l’espĂšce Ă  long terme.

đŸ» Quelle concertation locale ?

Avant de procĂ©der aux lĂąchers d’ours, l’État a toujours consultĂ© le public, les Ă©lus, les scientifiques et les usagers de la montagne. Depuis 2007, tout lĂącher d’ours est obligatoirement prĂ©cĂ©dĂ© d’une consultation du public et des collectivitĂ©s locales.
Quel projet fait l’objet de plus de concertation que le retour de l’ours ? Nombre d’élus et de professionnels qui se plaignent du manque de concertation ont en fait boycottĂ© les rĂ©unions.

đŸ» Pourquoi lĂącher des ours slovĂšnes ?

Une Ă©tude approfondie sur des critĂšres biologiques, gĂ©nĂ©tiques, d’habitat, de comportement, d’Ă©tat sanitaire … a conclu que la SlovĂ©nie Ă©tait la meilleure source disponible pour renforcer la population pyrĂ©nĂ©enne (Cf tableau comparatif ci-contre).
La rĂ©ussite des opĂ©rations menĂ©es conforte ce choix pour l’avenir…

đŸ» Les ours lĂąchĂ©s dans les PyrĂ©nĂ©es se sont-ils bien adaptĂ©s ?

Tout montre que oui. Les ours lĂąchĂ©s se reproduisent normalement, le nombre d’oursons par portĂ©e est normal (2 ou 3), et leur survie est normale, voire mĂȘme bonne.
Tous les individus capturĂ©s Ă©taient en bonne santĂ©, et dans un bon Ă©tat d’engraissement. Alors qu’il ne restait que 5 ours dans les PyrĂ©nĂ©es en 1995, ils sont maintenant prĂšs de 70. La population augmente d’environ 11% / an, ce qui est normal pour une population d’ours.
Par contre, s’adapter au retour de l’ours pour les hommes n’est pas toujours simple.

Hvala, Pollen et Bambou

đŸ» Plusieurs ours sont morts. Fallait-il les laisser en SlovĂ©nie ?

Malheureusement, dans toute action de restauration de population, il y a un peu de mortalitĂ©. Toutefois, les ours lĂąchĂ©s dans les PyrĂ©nĂ©es ont Ă©tĂ© prĂ©levĂ©s sur les quotas de chasse en SlovĂ©nie. S’ils n’avaient Ă©tĂ© capturĂ©s et transportĂ©s ici, ils auraient Ă©tĂ© tuĂ©s lĂ -bas …

đŸ» Combien ont touchĂ© les communes pour les lĂąchers d’ours ?

Rien. Aucune des communes de lĂącher n’a touchĂ© pour cela un seul euro, directement ou indirectement.
Les comptes des communes sont publics.
Toute personne souhaitant le vĂ©rifier peut le faire librement…

đŸ» Combien coĂ»te la protection de l’ours ?

L’essentiel des sommes dĂ©pensĂ©es sont consacrĂ©es Ă  l’adaptation des pratiques humaines, notamment une meilleure gestion et protection des troupeaux (plusieurs millions d’euros / an). Le suivi de la population et l’indemnisation des dĂ©gĂąts coĂ»tent bien moins (quelques centaines de milliers d’euros / an), et les postes « communication » et « valorisation » restent les parents pauvres du dossier alors qu’il faudrait faire de gros efforts dans ces domaines.
Cela ne reprĂ©sente bien sĂ»r qu’une trĂšs faible part du budget de la France.
Il aurait été bien sûr moins onéreux de conserver la population pyrénéenne. Réparer coûte toujours plus que conserver 


đŸ» Les espagnols vont-ils lĂącher des ours venant des Monts Cantabriques ?

Les ours cantabriques conviendraient trĂšs bien pour renforcer la population pyrĂ©nĂ©enne, mais jusqu’à prĂ©sent, les Espagnols ont refusĂ© de donner des ours, considĂ©rant que la population des Monts Cantabriques (350 ours environ) restait trop faible pour prĂ©lever des individus.
Ainsi, le mùle « Goiat » lùché en Catalogne-sud en 2016 provenait-il également de Slovénie.

đŸ» La France a-t-elle un plan de protection de l’ours brun ?

Le premier plan « ours » français couvrait la pĂ©riode 2006 – 2009. Il aura fallu quasiment 10 annĂ©es de militantisme associatif et de procĂ©dures juridiques pour l’adoption du deuxiĂšme, prĂ©vu pour la pĂ©riode 2018 – 2028. Ce plan reste toutefois vague et peu d’actions concrĂštes en dĂ©coulent hĂ©las …

đŸ» Combien faut-il lĂącher d’ours pour sauver l’espĂšce ?

Selon l’Ă©tude du MusĂ©um national d’histoire naturelle publiĂ©e en 2013, il fallait lĂącher 13 ours (dont 10 femelles) en PyrĂ©nĂ©es occidentales (BĂ©arn) et au moins 4 femelles en PyrĂ©nĂ©es centrales pour assurer durablement l’avenir des deux sous-populations. Depuis, seuls 1 mĂąle et 2 femelles ont Ă©tĂ© lĂąchĂ©s, soit moins de 20% de l’effectif nĂ©cessaire …

L’Ours en questions