◼️ Témoignage d’une rencontre discrète avec un jeune ours, Pyrénées – été 2025

Récit d’une observation discrète par « L’Objectif Nature » :

C’était un lundi soir de fin juin. Le temps était couvert, brumeux, presque oppressant. Le lendemain s’annonçait radieux, alors nous avons décidé de passer la nuit en montagne, sur les crêtes, pour observer cerfs et isards. Nous avons entamé la montée vers 14 h, sous une pluie épaisse et dans un brouillard dense. Après trois bonnes heures de marche, trempés de la tête aux pieds, nous atteignons enfin l’endroit prévu pour la nuit. Le temps de se changer, de se sécher un peu, et une question s’imposait : continuer jusqu’au sommet ou s’arrêter là ? La montée avait été éprouvante, les conditions loin d’être idéales. À contrecœur, nous décidons de renoncer au sommet et de nous installer sur une crête plus proche pour y passer la soirée. Un choix dicté par la raison plus que par l’envie. Il devait être environ 18 h lorsque nous avons atteint cette crête, après quelques passages d’escalade. Et là, au moment de basculer de l’autre côté, stupeur : il était là.

Paisiblement installé dans une clairière, entre une coulée d’eau, une lisière de forêt et la falaise sur laquelle nous étions perchés. À peine 80 mètres nous séparaient de lui. Il se déplaçait lentement, cherchant sa nourriture, totalement serein. La rencontre a duré près d’une heure, jusqu’à ce qu’il disparaisse tranquillement dans la forêt. Ce soir-là, en regagnant notre bivouac, une seule idée nous habitait : que la nuit passe vite, pour pouvoir y retourner le lendemain. L’aube s’est levée peu avant 6 h. Nous sommes repartis en silence vers notre poste d’observation, sans trop y croire, simplement heureux de revivre ces instants suspendus. À 6 h 30, nous étions en place. Rien. Puis, vers 6 h 45, une forme sombre est sortie du bois. L’espoir est monté d’un coup… mais non, c’était un sanglier, massif et tranquille. L’excitation est retombée — avant que, quelques minutes plus tard, l’inimaginable se reproduise.

Au même endroit que la veille, le même ours est réapparu. Sorti en clairière pour se nourrir, il a passé plus de deux heures à brouter, à vivre simplement. Deux heures d’observation privilégiée, dans un calme absolu. Vers 9 h 30, alors que le soleil réchauffait la vallée et que la rosée s’évaporait, il a traversé la petite rivière avant de disparaître une nouvelle fois dans la forêt. Ce jour-là, les émotions étaient indescriptibles. Mais ce qui nous a le plus marqué, c’est cette certitude : pendant plus de trois heures, nous avons partagé un moment de vie avec lui, à une proximité incroyable — et pourtant, il n’a jamais su que nous étions là.

Ensemble, sauvons l’ours dans les Pyrénées !

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