Suivi-localisation des ours dans les Pyrénées

 
L'organisation du suivi de l'ours brun a été confiée à l'Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage (ONCFS) par le ministère en charge de l'environnement depuis 1983.


Un suivi collaboratif

Le travail de collecte des données de terrain est organisé par l'Equipe Technique de l'Ours de l'ONCFS, en collaboration avec ses homologues espagnols et andorrans. Cette équipe est une équipe partenariale, qui intègre des techniciens des fédérations des chasseurs de la Haute-Garonne, des Pyrénées-Atlantiques et de l'ONF au sein de son pôle chargé du suivi.  Elle élabore les protocoles de suivi, assure la coordination du réseau ours brun, centralise les données et réalise les synthèses.

Pour ce faire, elle a mis en place et anime le Réseau Ours Brun (R.O.B). Ce réseau est composé de membres de différentes structures (ONF, ONCFS, Parc National des Pyrénées, membres de l'Institution Patrimoniale du Haut Béarn, fédérations départementales des chasseurs, membres d'associations dont Pays de l'Ours - Adet, administrations, particuliers, ...) répartis sur l'ensemble des Pyrénées. Ils sont spécialement formés pour identifier des indices d'ours et participent activement aux différentes recherches sur le terrain.

 

Les méthodes de suivi

Dans les Pyrénées, le suivi à large échelle d’une espèce aussi discrète que l’ours brun repose essentiellement sur des méthodes indirectes qui font appel à la collecte des indices de présence (empreintes, poils, crottes, photos, dommages, etc…).

Il y a 3 méthodes principales, selon les objectifs fixés et le type d'échantillonnage :

  • Suivi opportuniste

Ce suivi repose essentiellement sur la validation, par les membres du ROB ou de l’Equipe Ours, des indices observés (prédation, poils, crotte, trace, observation visuelle, griffade, couche, photo automatique...) par tout utilisateur de la nature (randonneur, chasseur, éleveur, etc...).
Concernant les dégâts sur cheptel domestique ou sur rucher, seuls les agents du PNP et de l’ONCFS, ayant reçu une formation spécifique, sont habilités à réaliser les constats de dommages.

  • Suivi systématique 

Il s’effectue lors d’opérations de terrain encadrées par divers protocoles visant à optimiser le succès de  détection de la présence de l’ours et homogénéiser la pression d’observation sur l’ensemble des Pyrénées françaises.

Ce suivi, auquel participent les membres du ROB, consiste :

  • à parcourir 10 fois par an des itinéraires de prospection pédestre répartis de façon homogène sur la zone à ours et équipés de dispositifs de collecte d'indices
  • à relever les appareils photos/vidéos automatiques une fois par mois, installés principalement sur les zones de reproduction potentielle
  • à participer à des opérations programmés particulières (ex : recherche de tanières, de couches diurnes, d'indices de présence d'ourson ou d'un individu en particulier,...)

Ce suivi permet de déterminer un indice d'abondance, un nombre minimum d'individus différents et la tendance de la population.


Un chien sur la piste des ours dans les Pyrénées

Initiée en 2014, la recherche de fèces avec un chien est une nouvelle technique toujours en cours d’expérimentation. Elle a pour objectif principal d’augmenter la collecte d’échantillons de fèces (oursons notamment) peu détectés par les techniques de suivi précédentes. Depuis l'arrivée d'Iris (berger belge malinois) au sein de l'équipe ours, le nombre de crottes collectées a été multiplié par 6 !




  • Suivi par télémétrie / GPS

Après capture et équipement d'un émetteur, les ours sont suivis individuellement pendant toute la durée de vie des émetteurs (entre 1 et 2 ans). Il s'agit d'un suivi intensif avec environ une localisation tous les 2 jours. Depuis 1996, onze individus différents ont été équipés d'un émetteur.

En 2016, un seul ours est suivi grâce à cette technique, les autres émetteurs étant à cours de batterie depuis déjà plusieurs années. Il s'agit de l'ours Goiat, lâché en juin 2016, côté espagnol.

Ce suivi permet une analyse fine du comportement individuel (déplacement, dormance hivernale, utilisation/sélection de l'habitat, prédation).


Les méthodes d'analyses

Une fois les échantillons biologiques (crottes, poils, ...) ou visuels (photos /vidéos automatiques, témoignages visuels avec photos, ...) collectés  lors des suivis opportunistes et systématiques, ils sont analysés selon différentes techniques :

  • Typage génétique individuel

La génétique est le principal outil qui contribue à déterminer l’effectif minimal de la population d’ours sur la chaîne pyrénéenne.

L'analyse est effectuée par un prestataire de service (laboratoire de génétique des populations d'altitude, CNRS Grenoble) à partir des échantillons de poils et crottes récoltés sur le terrain. Chaque ours possède un génotype unique qui permet son identification.

Cette méthode permet d'estimer l'effectif de la population, certains paramètres démographiques, et de définir les sexes et les filiations des individus. Elle contribue aussi au suivi dans le temps des individus.

  • Analyses des photo et vidéos automatiques

Cette méthode, en cours d’expérimentation depuis 2012, consiste à obtenir des mesures morphométriques sur des photographies d’ours
en position de profil standard.  La pose des appareils respecte un protocole de terrain strict et se limite à l’utilisation d’appareils  à  déclenchement rapide.

Jusqu’à présent, la classification permettait de distinguer seulement des classes de taille. Les expérimentations en cours visent à préciser les
différents gabarits en individualisant les ours entre eux. Quatre mesures sont prises sur la photo étalonnée, et intégrées dans un modèle mathématique.

  • Typage dimensionnel des pistes et empreintes

Cette technique consiste à caractériser les différentes tailles d’empreintes récoltées et ainsi détecter aussitôt la présence de certaines classes d’individus particuliers (femelle suitée, ourson de l’année, subadulte de 1,5 an, mâle adulte,voire grand mâle type Pyros). Un indice
de taille pour les empreintes des pattes antérieures (TA) et postérieures (TP) est calculé sur la base du couplage de 3 mesures (longueur de patte, largeur de paume, largeur interdigitale) prises sur le terrain et sur les dessins d’empreintes sélectionnés.

Cette analyse permet la détection de femelles suitées ainsi que la différentiation éventuelle d'individus dans le cas d'une population réduite, dès lors que les individus sont de tailles bien distinctes (cas de Néré et Cannelito dans les Pyrénées occidentales).