L'Europe des ours


Ce texte est une synthèse de l'ouvrage
"L'Europe des ours", de Jean-Paul Mercier, éditions Hesse.

 



SUCCES ET DECLINS DANS LES BALKANS


Nous avons divisé cette deuxième grande aire de peuplement en deux parties :





L’héritage de Tito


Le maréchal Tito avait su fédérer six pays et deux régions autonomes, autant par la diplomatie que par la contrainte. En 1991, dix ans après sa mort, la Yougoslavie explosait et après plusieurs guerres, chaque pays reprenait son indépendance.


 
  • La Slovénie

La Slovénie, le plus petit État de l’ex-Yougoslavie (20 000 km², deux millions d’habitants), à la croisée des mondes slave, germain et méditerranéen, a été soumise à plusieurs tutelles successives. Elle a obtenu l’indépendance en 1991, échappant aux guerres qui ont ensanglanté l’ex Yougoslavie.

Il y aurait autour de 500 ours en Slovénie, concentrés le long d’un corridor rejoignant l’Autriche et l’Italie depuis une zone centrale au sud, dans les Alpes Dinariques. Cette chaîne karstique, qui se prolonge jusqu’en Grèce, est couverte de forêts de hêtres et de sapins et percée de nombreuses grottes, propices à l’usage de tanières.

Le pays, depuis la période austro-hongroise, entretient un service de gestion de la vie sauvage rigoureux. L’importance de sa population ursine, son expertise en matière de capture et de transfert, lui ont permis de réaliser la plupart des opérations de renforcement  de ces dernières années. 

L’image de l’ours est présente partout dans le sud, souvent de manière inattendue.



Photos : J.P Mercier. Ci-dessus : le dessert à l'auberge de Masun.


  • La Croatie

Plus engagée dans les derniers conflits, la Croatie renferme toujours quelques champs de mines, dans la région du Parc national de Plitvice, frontalière de la Bosnie, dont la succession de lacs est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.
La zone de présence de l’ours en Croatie prolonge sans interruption le noyau central slovène le long des Alpes Dinariques. Quelques individus ont même atteint à la nage l’île de Krk et provoqué quelques dommages dans les petits élevages locaux. On évalue la population ursine croate entre 600 et 1000 ours. Les effectifs sont en augmentation depuis de nombreuses années. La recherche et la protection du plantigrade sont dirigées par le professeur Djuro Huber de l’université vétérinaire de Zagreb, un des meilleurs spécialistes européens  de l’animal.  Des campagnes sont menées pour empêcher les ours d’ouvrir les poubelles.
Les autoroutes qui traversent la zone de présence ont été équipées de passages à faune à la taille des ours.

Le Parc de Plitvice. Photo : J.P Mercier.

 

  • La Bosnie-Herzégovine


Traversée par les alpes Dinariques qui en occupent la plus grande partie, la Bosnie Herzégovine offre au visiteur de magnifiques paysages. Elle a été ravagée, de 1992 à 1995 par une guerre opposant les trois groupes ethniques qui composent le pays. Actuellement, le pays est séparé en 2 entités : la républica srbska, regroupant une population d’origine serbe et la fédération croato-musulmanes. Mais de fortes tensions subsistent. Le pouvoir central, autour d’un représentant de l’ONU a beaucoup de peine à restructurer le pays. De nombreux champs de mines subsistent.
Les ours, comme toute la vie sauvage, n’ont pas été épargnés par le conflit. Leur nombre, qui était estimé entre 1000 et 1200 individus en 1992 n’était plus que d’environ 300 en 1996. Les effectifs seraient remontés entre 4 et 500 ours. Aujourd’hui, un quota est à nouveau offert à des chasseurs étrangers fortunés.
Certains sont enfermés dans de minuscules enclos dans les arrières cours de café.

Champ de mines près de Bugojno. Photo : J.P Mercier.


  • La Serbie, le Monténégro et le Kosovo

La dernière Fédération Yougoslave regroupait la Serbie et le Monténégro. Le Kosovo, partie prenante de la Serbie s’est séparé au terme d’un conflit meurtrier. Le Monténégro a repris son indépendance en 2006. Les informations sont donc fragmentaires pour ces deux derniers États.
La Serbie compte environ 55 ours, localisés essentiellement à l’ouest, dans la région du Parc national de Tara, et dans une zone à l’est avec quelques animaux isolés.


Au Monténégro, ces populations qui compteraient une centaine d’individus, sont réparties sur la moitié nord entre les parcs nationaux de Biogradska Gora et du Dormitor.
Au Kosovo, la population ne doit plus compter que quelques dizaines d’ours, au mieux !
Géré avec rigueur, le Parc de Tara a mis en place un réseau de places de nourrissage, accompagnées de cabanes d’observation permettant un meilleur suivi du nombre d’ours, de leurs caractéristiques et de la fréquence de leurs visites.
Le parc comporte quelques enclaves, occupées par de vieux célibataires. L’ours, qui vit à proximité, peut s’y livrer parfois à des destructions sur les bergeries.   
En 2006 débute un programme de renforcement des populations en déclin de l’est, par transfert d’individus à partir de Tara.
Comme dans tous les territoires où il vit, l’ours y est associé au miel. D’ailleurs dans la plupart des langues slaves, son nom "medved" signifie celui qui sait où est le miel.

La vallée de la Drina vue du Parc de Tara. Photo : J.P. Mercier.

 



« Autour des Macédoines »


  • La Macédoine

Nous possédons peu d’information sur la situation des ours en Macédoine. Le pays possède trois Parcs nationaux : Le parc de Pelister au sud-est qui jouxte la Grèce, Le Parc de Galicia et, plus au nord, le parc de Mavrovo ou culmine le Grand Korab.
On estime la population d’ours autour de 160 à 200 individus. Un projet de programme de protection mené par la Société écologique macédonienne vient de voir le jour en 2010. Des pièges photo ont été installés et fonctionnent, comme dans le parc de Mavroso.
L’élevage se réduit à quelques troupeaux de moutons et de chèvres.
Malheureusement, comme dans de nombreux pays, le braconnage reste important.



Le Parc de Mavrovo. Photo : Dreamstime.

 


  • L’Albanie


L’espèce se partage entre trois noyaux: au nord les monts Prokletije,  dans le centre est (entre les rivières Drini et Shkumbini et le sud est (entre les rivières Shkumbini et Vioja, au nord de Gjirokaster). Malgré une forte diminution depuis 50 ans, il en subsisterait entre 200 et 250 dans tout le pays.
Les plus fortes densités se trouveraient dans les régions de Dibra, Puka, Tropoja et Shkodra au nord, autour de Librazhd et Martanesh dans la partie centrale, et Pogredea et Korcé au sud.

Dans un pays dont les trois quarts du territoire sont montagneux, l’ours se rencontre dans les forêts de montagne, au-dessus de 600 m dans le nord du pays et de 800 m dans le sud et sur les hautes prairies.
Pour les habitants des zones rurales où il subsiste, c’est un nuisible provoquant des pertes sur les récoltes et le bétail. Bien que bénéficiant d’une protection totale, l’ours continue à être braconné au grand jour dans ce pays rongé par la corruption. Les oursons sont enfermés et souvent présentés dans  les restaurants.
Un chasseur du centre du pays se vante d’avoir tué une centaine d’ours et vendu la viande aux personnes faibles et malades des villages voisins.  Il a même fourni un spécimen, destiné à être naturalisé, au Muséum national d’histoire naturelle de Tirana, qui lui a payé 1 000 dollars. Il sait que la loi en interdit le tir, mais pourquoi devrait-il s’arrêter ?
On trouve couramment des ours récemment naturalisés dans les lieux publics.

Dans la région de Korcé. Photo : J.P. Mercier.


  • La Grèce


Les effectifs d’ours en Grèce sont en augmentation depuis 1990, surtout dans le noyau occidental du Peristeri-Pinde. Un deuxième noyau est situé dans les Rhodopes, montagnes frontalières avec la Bulgarie au Nord. Avec deux petites sous populations,  les effectifs atteignent entre 175 et 235 individus.

A partir de 1987, face à la diminution inquiétante de la po-pulation de plantigrades, plusieurs programmes sont mis en œuvre, d’abord par l’Etat, puis par deux associations, Arcturos plutôt spécialisée dans la vulgarisation, l’éducation du public ainsi que des usagers de la nature, éleveurs ou forestiers et Callisto, constituée de scientifiques tournés vers la recherche sur le terrain.
Celle-ci a obtenu, après un long combat judiciaire, de faire modifier le tracé d’Egnatia, la principale autoroute en construction, et d’en contrôler l’impact pendant les travaux (photo ci-contre).
Elle capture également des ours pour constater leur état physique et les appareiller.
Le régime alimentaire de l’ours grec ne diffère  pas beaucoup de ses congénères des Balkans. Néanmoins, il peut, à l’occasion, se nourrir de tortues. Il prélève également quelques animaux domestiques.

Les travaux d'Egnatia. Photo : J.P. Mercier


  • La Bulgarie

Les ours de Bulgarie étaient recherchés pour les jeux du cirque de l’Empire romain afin de combattre d’autres animaux ou des gladiateurs. Pourchassés depuis le milieu du XIXe siècle, leur population est estimée à seulement 300 animaux vers la fin des années 30. Aujourd’hui, pour les spécialistes, elle ne dépasserait pas 500 à 700 individus et se répartit actuellement entre deux noyaux, celui du massif des Balkans et celui des Rila-Pirin-Rhodopes.
La population rurale pauvre se partage entre la culture de petits lopins et l’élevage bovin dans les Rhodopes dans des pâturages d’altitude.

L’image de l’ours est populaire, elle figure sur le logo d’un des parcs nationaux et sur de nombreuses bouteilles de vin bulgare, pourtant récoltées hors de sa zone de présence.

Dans les pâturages d'altitude. Photo : J.P. Mercier