L'Europe des ours

L'Europe saura-t-elle conserver ses ours ?

Dans les années 30, une forte pression de chasse et de braconnage, stimulée par les plaintes des éleveurs ou des agriculteurs, entraîne une dramatique diminution du nombre d’ours dans plusieurs pays d’Europe : il n’en subsiste alors plus qu’une quarantaine en Slovénie, quelques centaines en Roumanie, une trentaine en Slovaquie, probablement pas plus de 130 pour la Fennoscandie.

Aujourd’hui, la situation reste directement liée aux décisions de protéger le plantigrade, prises vers la moitié du XXe siècle par la plupart des pays touchés par ce déclin. Si les responsables de ces pays d’Europe centrale, orientale et nordique avaient laissé alors décliner les effectifs d’ours de leurs territoires, sous prétexte qu’ils survivaient en grand nombre en Russie, l’espèce aurait pratiquement disparu des Balkans, des Carpates ou de Scandinavie vers la fin du XXe siècle.

Quelle meilleure réponse apporter à ceux pour qui l’abandon des derniers noyaux d’Europe occidentale n’aurait guère d’importance, puisque ailleurs en Europe subsistent quelques grandes populations ?

Photo : Matej Leskocek. "Jean et les bérets noirs" (Pyrénées).


Comment protéger l’ours ?

Pour valoriser son image et éduquer le public dans le cadre d’un développement durable, la piste du tourisme maîtrisé reste l’une des plus prometteuses : création d’écomusées dédiés à l’espèce, associés à des circuits de découverte ou à des randonnées conduites par des professionnels ; séjours photographiques respectueux de la nature, si la densité de la population d’ours le permet. Les Abruzzes, les Cantabriques, les Tatras, la Suède, la Finlande, la Slovénie et la Croatie ont misé sur cette forme de tourisme de nature, avec un bilan très positif.

La maison de l'Ours de Masun, en Slovénie.
Photo : J.P. Mercier.

 

 

L’ours et nous.

Cette enquête sur l’ours brun en Europe, réalisée dans le but d’en recenser les populations et les conditions nécessaires à son maintien, suscite des questions dépassant la seule problématique de l’espèce.

Quelle est la place du plantigrade dans notre imaginaire ? L’ours appartient à ces rares animaux qui, depuis la nuit des temps, ont enflammé les imaginations et nourri les mythes.
Claude Lévi-Strauss disait : " Si vous interrogez un indien américain (sur ce qu'est un mythe), il y aurait de fortes chances qu'il réponde : une histoire du temps où les hommes et les animaux n'étaient pas encore distincts".

Finalement, l’ours et l’homme sont-ils si éloignés biologiquement ? Par sa nature animale, l’homme est aussi partie prenante dans l’évolution du vivant. Il ne peut s’en dissocier et cette appartenance lui impose une nécessaire solidarité avec le monde animal. Il devrait en conséquence redouter la disparition de l’ours parce qu’elle préfigure son propre déclin. L’ours reste un symbole majeur de la survie de l’homme.

Photo : J.P. Mercier.