L'Europe des ours


Ce texte est une synthèse de l'ouvrage
"L'Europe des ours", de Jean-Paul Mercier, éditions Hesse.





LES SURVIVANTS DE L'OUEST


Nous avons séparé cette première zone en deux parties :


L’ultime Trilogie


  • Les Pyrénées

A la fin des années 1980, malgré l’intervention de différentes personnalités, l’ours ne subsiste plus dans les Pyrénées que dans quelques vallées béarnaises. 


Deux opérations de transfert en Pyrénées centrales à partir de la Slovénie vont permettre de maintenir la présence du plantigrade dans cette région. Mais la situation en France reste difficile à cause d’une opposition qui souvent instrumentalise l’animal pour des motifs financiers ou politiques.
La présence d’un très important cheptel ovin (près de 600 000 têtes) fortement subventionné par la France ou l’UE, non gardé en été dans beaucoup d’élevages du centre, contribue à faire monter la pression. Pourtant, la mise en œuvre de moyens de protections réduit considérablement les pertes, quelle qu’en soit la cause Et l’image de l’ours peut même être utilisée avec profit pour certaines productions. Comme le fromage Pé Descaous, ce qui veut dire « qui marche pieds nus »,  qui arbore sur sa face supérieure une empreinte d’ours.
On compte actuellement une vingtaine d’ours sur l’ensemble de la chaîne.

La vallée d'Ossau, territoire historique
des ours pyrénéens. Photo : J.P. Mercier

 


  • La Cordillère Cantabrique

Jusqu’au début du XIXe siècle, les zones de présence cantabrique et pyrénéenne sont reliés. Isolée depuis cette époque, la population des Cantabriques se sépare à son tour en deux noyaux, il y a une soixantaine d’année.
Le noyau occidental, qui compte au moins 140 ours, est le plus dynamique.
A l’Est, où se trouve une trentaine d’ours, la consanguinité, liée à une nourriture moins riche (fruits sauvages comme des châtaignes plus énergétiques à l’Ouest) freine le développement du groupe. 


Le cheptel domestique, plutôt constitué d’ovins à l’Est et de bovins à l’Ouest est relativement peu important par rapport aux Pyrénées. Les apiculteurs sont nombreux et l’ours est friand de miel et surtout du naissain d’abeille. Les ruches étaient autrefois fabriquées très simplement. Aujourd’hui, elles font l’objet d’une protection électrique renforcée.

Toutes ces avancées et l’ensemble du travail de protection sont l’œuvre d’associations très actives dont les plus importantes sont la Fondation OSO PARDO et le FAPAS. Les organisations de chasseurs participent, par exemple en portant des gilets fluo rappelant que l’on doit identifier avant de tirer. Plusieurs « Maisons de l’Ours » informent le public sur la vie de l’animal et défendent sa protection.

A la suite d’un rapprochement progressif  de certaines femelles et de quelques incursions de mâles vers l’Est, on peut espérer une réunion des deux noyaux dans quelques années.

Photo : FAPAS.

 


  • Les Abruzzes

À moins de cent kilomètres de Rome, les Abruzzes représentent l’ultime refuge des ours des Apennins, cette chaîne de montagne qui constitue l’épine dorsale de la péninsule italienne. L’isolement de cette population, représentée par des individus de petite taille et d’un faible poids, a entraîné chez ceux-ci certaines particularités génétiques justifiant la création de la sous-espèce Ursus arctos marsicanus, l’ours marsicain.

L’aire de présence centrale est constituée par le Parc national des Abruzzes, Lazio et Molise. Une cinquantaine d’ours y subsistent.

Le parc développe beaucoup d’énergie pour protéger les ours qu’il abrite. Leur présence génère une importante activité touristique, au point qu’il a fallu interdire l’accès à certaines zones endommagées par le piétinement des visiteurs. Les traces de présence sont nombreuses. Il est même fréquent de les observer.

Ci-contre : le petit village de Bisegna.
Photo : J.P. Mercier.

L’image de l’ours est omniprésente dans la  région, comme cette affiche annonçant une réunion au cours de laquelle « l’ours Père-Noël » racontera la Nativité.

Du fait d’une extrême consanguinité, d’une faible reproduction et d’un territoire limité, les ours marsicains figurent en Europe parmi les plus menacés. Par ailleurs, une vague d’empoisonnement déplorée ces dernières années, semble remettre en cause une cohabitation jusqu’à ce jour harmonieuse.

Photo : J.P. Mercier.




 

Au cœur des Alpes

 

  • Le Trentin et ses voisins

Les ours  étaient autrefois nombreux dans le Trentin. Il n’y subsiste plus que 3 mâles en 1997.
De 1999 à 2002, une opération de renforcement de la population permet le transfert de dix spécimens depuis la Slovénie voisine. Le dernier individu autochtone est retrouvé mort en 2002.


Le programme de transfert est un succès. Aujourd’hui, 30 ours, au moins sont disséminés dans toute la région, jusqu’en Suisse et dans le tyrol. Un noyau d'une dizaine d'ours, venant naturellement de Slovénie s’est même implanté dans le Frioul limitrophe de l’Autriche et de la Slovénie. La majorité des femelles se concentre dans le Parc d’Adamello-Brenta, au Sud des Dolomites.
Des vergers de pommiers couvrent les vallées.
Mais il existe des exceptions dans tous les transferts. Jurka, une des femelles relâchées se signale par un comportement tout à fait atypique. Dépourvue de crainte vis-à-vis des humains, elle est capturé en 2007 et finira ses jours dans un enclos construit à son intention. Sa progéniture vagabonde dans toute la  région et un de ses enfants, Bruno, est même abattu en 2006 en Bavière au nom du principe de précaution, ce qui entraîne une vaste campagne de protestation en Europe.

Les Dolomites. Photo : J.P. Mercier.


  • L’Autriche


Disparus d’Autriche au début du XXe siècle, les ours y reviennent depuis la Slovénie à partir de 1950.
La présence d’un nouveau mâle, très discret, dans les années 1980, est à l’origine d’un programme de transfert. En 89, 92 et 93, deux femelles et un mâle sont relâchés dans le centre du pays. Malheureusement l’opération n’est pas poursuivie à cause de certaines oppositions et de la disparité de gestion dans les différentes régions.

Les effectifs diminuent régulièrement. En l’espace d’une quinzaine d’années, des dizaines d’ours ont disparu sans que l’on puisse, pour la majorité, déterminer la cause de cette absence. Probablement en grande partie à cause d’un braconnage important, certaines sociétés de chasse cultivant le plus grand secret.
Malgré la création d’un corps de spécialistes chargés d’organiser la protection et de préparer de nouvelles opérations de lâcher, malgré la diffusion de journaux valorisant la  présence des ours, malgré l’approbation de l’opinion publique, aucun nouveau programme n’est prévu à court terme.
Pour la deuxième fois en un siècle, la population d’ours en Autriche est au bord de l’extinction. Il ne resterait que quelques mâles venus de Slovénie qui y retournent régulièrement. Si aucune opération de transfert n’intervient rapidement, on ne trouvera plus dans le pays que les ours jaunes, logos d’une marque locale d’accessoires automobiles.

Le Tyrol autrichien. Photo : J.P. Mercier.