L'Europe des ours

La vigueur des Carpates


Ce texte est une synthèse de l'ouvrage
"L'Europe des ours", de Jean-Paul Mercier, éditions Hesse.

 


LA VIGUEUR DES CARPATES


Nous avons partagé cette nouvelle aire de peuplement en deux parties :



« Les Carpates du sud et de l’est »
 

  • La Roumanie 

Les effectifs des ours roumains avaient beaucoup diminué à la fin des années 1940. Une nouvelle législation protège l’animal à partir de 1954. Le dictateur Ceaucescu accède au pouvoir en 1965,  se réserve alors la quasi-exclusivité de la chasse à l’ours et pratique des élevages et des lâchers qui influent de façon importante sur le développement des populations d’ours.
La population d’ours est localisée dans les Carpates roumaines. Une petite population se maintient dans les Apuseni, massif situé à l’intérieur des deux branches de la chaîne.
Selon certains spécialistes, la population ursine roumaine atteindrait 4 500 à 5 000 individus en 2008, ce qui représente près du tiers des ours européens (sans la Russie).
Dans les montagnes du centre, l’élevage se pratique près des villages.
Mais surtout de grands propriétaires vivant dans la vallée envoient l’été leurs troupeaux en montagne sous la garde de bergers salariés. Des camps sont alors établis avec, en moyenne, environ 3000 moutons, 50 bovins, cinq chevaux et dix porcs, gardés par cinq bergers et dix chiens.
Dans le quartier de Radacau à Brasov, les ours d’une colline voisine descendent la nuit visiter les poubelles de ce grand ensemble. Habitués à l’homme, ils acceptent de la nourriture donnée à la main par certains inconscients. Une photo représente même un homme à quatre pattes qui tient dans la bouche un morceau de viande que l’ours attrape dans sa gueule. Comme on pouvait le prévoir, en 2004 un des animaux, se sentant sans doute en danger a tué deux personnes et en a blessé huit autres. La bêtise n’a pas de limites !
À l’exception d’une marque de bière nommée Ursus (photo), l’image de l’ours n’est pas utilisée à des fins commerciales ou culturelles en Roumanie. Nous avons néanmoins remarqué une statue de l’animal au sommet de la citadelle de Rasnov.

Photos : J.P. Mercier. En haut : dans la région de Brasov.


  • L’Ukraine

En Ukraine depuis le XIXe siècle, les ours ne subsistent plus qu’autour des Carpates, principalement en Transcarpatie. Les récentes émissions de télévision montrant des ours survivant dans la zone interdite de Tchernobyl ont été tournées en Biélorussie, également touchée par la catastrophe.
Depuis les années 1930, la population d’ours en Ukraine a connu une alternance de périodes de forte diminution et de reprise de la croissance, suivant la volonté des dirigeants de poursuivre de manière sévère ou plus laxiste le braconnage. Aujourd'hui, il y aurait entre 250 et 400 ours en Ukraine.
Les bergers passent la belle saison dans les estives. L’élevage bovin y est important, surtout pour le lait, mais les moutons sont également présents dans des parcs.
Les forêts primaires de hêtres des Carpates d’Ukraine et de Slovaquie où vivent les ours, uniques en Europe, ont été inscrites en 2007, au patrimoine mondial de l’Unesco.

Estive dans la région de Rhakiv. Photo : J.P. Mercier

Certains massifs forestiers peuvent couvrir plusieurs milliers d’hectares d’un seul tenant. Pour se rendre au cœur de ces futaies mythiques, il faut utiliser un UAZ ((fabrique d’automobiles d’Oulianovsk), cette antique jeep soviétique, capable de traverser les rivières (les ponts ont souvent été emportés par les crues) et les glissements de terrain.
Le biotope original de ces régions est constitué d’imposants massifs, encombrés par des troncs pourrissant à terre et jalonnées de fûts brisés à mi-hauteur par les tempêtes. Les arbres les plus minces, pas forcément les plus jeunes, poussent lentement, attendant que tombe un de leurs voisins. Avec la lumière délivrée par cette chute, leur croissance s’accélère rapidement.
L’ours est l’emblème de la Réserve de biosphère de Rhakiv et figure sur de nombreux panneaux signalétiques en forêt primaire.

Photos : J.P. Mercier.

 


« Tatras et Beskides »


  • La Slovaquie

Selon les estimations des experts, la Slovaquie abrite 700 à 800 ours répartis en deux zones de présence d'inégale importance : la région des Carpates de l'ouest, située au nord et au centre du pays, regroupant la majorité de la population, et celle des Carpates de l'est, frontalière de l'Ukraine.
Les trois quarts du cheptel ovin de 350 000 têtes se trouvent  en zone à ours. Le fromage était fabriqué encore récemment dans des cabanes sur les alpages.
Plus bas, on cherche à se protéger des attaques d’ours, mais surtout de loups, très présents dans le pays, par les « cuvacs », des chiens de protection locaux, ou par la pose de banderoles réputées efficaces, les fladries.
Des poubelles anti-intrusion sont installées dans les zones de présence. Elles sont apparemment efficaces.
Peu d’activités commerciales ou artisanales utilisent l’image de l’ours Il figure sur l’enseigne de quelques auberges. Des dépliants touristiques vantant les randonnées dans les Tatras ou le Paradis slovaque mentionnent sa présence.

Cabane d'alpage. Photo : J.P. Mercier


  • La Pologne et la République Tchèque

Depuis la fin des années 90, la population d’ours en Pologne reste stable. En 2009, elle est estimée entre 75 et 110 individus répartis entre cinq noyaux distincts de l’est vers l’ouest  dans les Bieszczady à l’extrême sud-est, dans les Beskides Nisky, dans les Beskides Sadecky, dans les Tatras et dans les Beskides Zywiecky.
Plusieurs parcs nationaux hébergent des ours, dont celui des Tatras qui se prolonge en Slovaquie.
Dans les Carpates polonaises dominent des cultures vivrières très morcelées. Les Gorals – très ancienne ethnie des Tatras et d’une partie des Beskides – maintiennent une activité agricole, pastorale et apicole.
La République Tchèque, à son extrémité sud-est dans les Moravskolevske Beskidy, a entre deux et cinq ours issus de la population slovaque établie à proximité.
Depuis 1996, l’association tchèque « Les amis de la terre » (Hnuti Duha), programme des actions soutenues d’éducation du public aux grands prédateurs.

Village Goral. Photo : J.P. Mercier