L'Europe des Ours

Jusqu'en Oural


Cette dernière aire, la plus étendue et la plus peuplée ne comprend qu’un seul titre : « Dans les républiques et les oblasts ». Nous l'avons divisée suivant les cinq grandes régions de la Russie d’Europe :





« Dans les républiques et les oblasts »


Jusqu’à la Révolution de 1917, en Russie, la faune sauvage est perçue comme un réservoir inépuisable de gibier. Les grands carnivores, considérés comme nuisibles, sont détruits pour défendre les troupeaux et les cultures.
Le régime communiste met en place un immense réseau de zones protégées comme la réserve naturelle de Péchora-Ilychsky créée en 1930. Les structures policières de l’État contraignent les citoyens à respecter ces zones de protection.
À partir des années 80, le nombre d’ours connaît en Russie d’Europe une importante augmentation : 22 800 en 1981, 49 900 en 1991, 51 300 en 2004.
À partir de données recueillies par les réseaux cynégétiques en Russie d’Europe, Yuri Goubar, spécialiste de la faune sauvage, estime la population à 53 600 ours en 2008.
Dans le cadre d’un dispositif réglementaire commun à tout le pays qui autorise, en particulier, la chasse à la tanière, les unités administratives du pays (oblasts, kraïs, okrougs et républiques) aménagent leurs propres saisons de chasse à l’ours en fonctions de divers critères, dont une estimation de leur population. Heureusement, depuis le 16 mars 2011, la chasse à la tanière, qui était responsable chaque année de centaines d'oursons orphelins, est désormais interdite. En Russie d’Europe, la chasse à l’ours est totalement interdite dans 3 républiques et 12 oblasts. Ailleurs, il est tiré par des chasseurs disposant de licences dont le nombre est déterminé chaque année.

 

  • Le Nord-Ouest

Les ours occupent la péninsule de Kola et l’oblast de Mourmansk, surtout dans la réserve de Laponie russe. Ils sont présents dans la partie russe de l’isthme de Carélie, entre la mer Blanche et la Baltique et dans la plus grande partie des oblasts de Saint-Pétersbourg de Novgorod et de Pskov.
En 2009, il y a beaucoup de chasseurs étrangers et un grand nombre d’officines organisent des séjours de chasse, en particulier à l’élan dans un but uniquement lucratif. En Carélie, la chasse à l’ours est ouverte du 15 avril au 31 mai et du 15 août au 31 octobre. Au nord du lac Ladoga, par exemple, plus de vingt ours par an sont tués sur un domaine de 150 000 hectares, depuis des miradors surplombant des champs d’avoine. L’ours abattu en coûte au minimum 4 000 € à un chasseur étranger.

Dans la péninsule de Kola. Photo : Dreamstime.



  • Le Nord-Est

Les ours ont toujours été nombreux dans les oblasts d’Arkhangelsk, de Vologda, dans la république des Komis et la partie boisée du territoire autonome des Nenets. La population semble toujours en augmentation depuis plus de vingt ans.
La république des Komis compte 106 réserves naturelles (15 % du territoire).
Depuis des siècles, les riverains de la rivière Ilich, dans la république des Komis, tirent leur principal revenu de la pêche. Ils ont l’habitude de déposer dans des huttes (izbushka ou balagan) les poissons et l’huile qu’ils en tirent. Les ours locaux visitent ces izbushkas, comme ils l’ont toujours fait, pour en dérober le contenu.


Oblast d'Arkhangelsk. Photo : Dreamstime.



  • Le Centre

  • À partir des années 60, l’exode rural, le regroupement des exploitations et la création de licences de tir de plus en plus onéreuses entraînent l’arrêt de ce recul, suivi ensuite d’un retour de l’ours vers le sud dans de nombreuses régions.
    La réserve Tsentralno-Lesnoy (245 km² et une zone tampon de 460 km²), créée en 1931, abandonnée de 1951 à 1960, est déclarée réserve de biosphère par l’Unesco en 1985.
    Composée de forêts anciennes et de marais, cette ‘‘réserve forestière centrale’’ forme un des derniers îlots de nature intacte dans la plaine centrale russe.
    Depuis 1970, Valentin, sa femme Svetlana et son fils Sergey Pazhetnov y poursuivent leurs études et leurs actions en faveur des oursons orphelins. Leur action est désormais renforcée et relayée par l’organisation internationale IFAW.





















A gauche : la réserve Tsentralno-Lesnoy. Photo : Dreamstime.
A droite : photo IFAW.



  • La Volga-Kama

La Volga, le plus long fleuve d’Europe (3531 km), qui aboutit à la mer Caspienne, et deux ses principaux affluents, la Kama et l'Oka, arrosent la partie orientale de la plaine russe. La région est bordée à l'est par l'Oural, massif de plus de 2,000 km, séparant la Russie d'Europe de la Sibérie.
En 2010, l’ours est surtout présent dans les républiques des Maris, du Tatarstan, d’Oudmourtie, de Tchouvachie et de Bashkirie. Il occupe également les oblasts de Nijni-Novgorod, de Kirov et de Perm.
La réserve naturelle de Bashkirie et celle de Shulgan-Tash, nommée antérieurement Pribelsky, abritent une grande partie des ours de la Volga
En Bashkirie, de larges ouvertures dans les troncs des plus gros arbres sont percées pour installer des ruches (nommé bortyes par les paysans locaux). Environ 10 % des ours savent comment les ouvrir pour atteindre le miel et les larves (cela requiert une réelle dextérité).


L'Oural. Photo : Dreamstime.


  • Le Nord-Caucase


Depuis des siècles, les ours du Nord-Caucase sont isolés de leurs congénères russes par la déforestation et la mise en culture des terres. Ils n’ont plus de connexion avec les ours de Turquie. Au début du XXe siècle, leur population s’étend des forêts des montagnes d’Azerbaïdjan, jusqu’à Novrosiyvsk et Anapa à l’ouest.

Des populations se maintiennent dans les réserves naturelles et dans le cœur de la chaîne où se trouvent des vallées isolées et des zones difficilement accessibles.
De plus, le pays a subi récemment deux guerres effroyables en Tchétchénie (1994 à 1996 et 1999 à 2000) et un conflit en Ossétie du nord (2008).
La réserve de biosphère du Caucase (3 516 km²), commune à la province de Krasnodar et aux républiques des Adigués et des Karatchaïs-Tcherkesses, est composée de la réserve naturelle du Caucase, du Parc national de Sotchi et de quatre autres zones protégées. La ville la plus proche, Sotchi, en est distante de 25 km.
Deux autres grands carnivores témoignent du rôle d’interface du Caucase entre deux continents : l’hyène rayée qui subsisterait au sud-est du massif et le léopard de Perse. Celui-ci avait été exterminé de la région de Sotchi dans les années 20. Un programme de réintroduction de spécimens iraniens par les autorités de la réserve de biosphère a débuté en 2010.
Le Parc National de Sotchi. Photo : Dreamstime.

  • Les Ours russes au XXI e siècle


L’ensemble européen et asiatique de la Fédération de Russie compte la plus forte population d’ours brun au monde : plus de 130 000 individus. Aimé et populaire, le plantigrade est considéré comme un symbole national.
En 2010, la population d’ours de Russie d’Europe semble en bon état de conservation, sous réserve de la fiabilité des chiffres officiels, mais il faut s’en contenter à défaut d’autres informations.
Il est difficile de se prononcer sur l’impact de la chasse. Le système des licences remplit, semblerait-il, son objectif de régulation, mais il maintient indirectement un niveau élevé de braconnage, souvent en rapport avec le trafic d’organes destiné à fournir la pharmacopée extrême-orientale.
Jusqu'en 2011, la chasse en tanière rendaient de nombreux oursons orphelins. Le 16 mars 2011, les associations qui militaient pour son abrogation ont eu gain de cause. Elle est désormais interdite sur tout le territoire de la Fédération de Russie.